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Un Caf&Doc’ sur le TDAH : mieux comprendre un trouble encore méconnu
Publié le : 16 juillet 2026 - Article mis à jour le 16 juillet 2026

À l’occasion de la Journée nationale de sensibilisation au Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH), le Centre de documentation du CH La Chartreuse a organisé un Caf&Doc’ consacré à cette thématique. Animée par le Dr Juliette MARTIN, médecin référent du C2RB et cheffe du pôle réhabilitation, et Emmanuel DE MELO-GONCALVES, infirmier en pratique avancée au C2RB, cette rencontre a permis de faire le point sur les connaissances actuelles, de déconstruire certaines idées reçues et de mieux comprendre les enjeux du diagnostic et de l’accompagnement des personnes concernées.

 

Un trouble du neurodéveloppement sujets aux idées reçues

Le TDAH est aujourd’hui un sujet de plus en plus présent dans le débat public et sur les réseaux sociaux. Pourtant, de nombreuses représentations erronées persistent. Contrairement à certaines croyances :

  • Le TDAH n’est pas lié à l’éducation
  • Le TDAH n’est pas lié à la consommation de sucre
  • Le TDAH n’est pas lié aux écrans
  • Le TDAH n’est pas lié à la vaccination.

Il s’agit d’un trouble du neurodéveloppement (TND) dont les origines sont principalement génétiques et qui résulte d’un développement cérébral différent dès la période prénatale.

Le Dr Juliette MARTIN a rappelé que la France demeure l’un des pays européens où le TDAH est le moins diagnostiqué et le moins traité. Loin d’un phénomène de mode ou des surdiagnostics souvent évoqués, les professionnels observent plutôt des retards diagnostiques et de nombreux cas non repérés. Cette situation explique notamment l’augmentation des demandes adressées par des adultes au Centre Référent de Réhabilitation Psychosociale de Bourgogne (C2RB), qui compte aujourd’hui plus de 300 personnes en attente d’une évaluation spécialisée.

Les échanges ont également permis d’aborder certaines confusions fréquentes, notamment entre TDAH, haut potentiel intellectuel (HPI) ou hypersensibilité émotionnelle. Les intervenants ont rappelé que le diagnostic du TDAH repose avant tout sur une évaluation clinique et non sur un test de quotient intellectuel qui n’est pas pertinent pour détecter un TDAH.

 

Un problème de régulation de l’attention

Le TDAH touche environ 6 % des enfants et 3 % des adultes. Malgré son appellation, il ne correspond pas vraiment à un « déficit d’attention ». Les professionnels parlent plutôt d’une difficulté à réguler l’attention. Les personnes concernées peuvent ainsi alterner entre des périodes de forte distractibilité et des phases d’« hyperfocus » durant lesquelles elles se concentrent intensément sur une activité, parfois au point d’oublier de manger, de boire ou de prendre soin d’elles-mêmes. Cette particularité peut s’accompagner d’impulsivité, d’agitation ou de difficultés d’organisation, avec des répercussions variables sur la vie scolaire, professionnelle, sociale ou familiale. Pour établir le diagnostic, les symptômes doivent être présents avant l’âge de 12 ans, se manifester dans plusieurs contextes de vie et ne pas être mieux expliqués par un autre trouble.

Trois formes principales de TDAH sont décrites :

  • TDAH mixte associant inattention et hyperactivité
  • TDAH à dominante hyperactive et impulsive (agitation, décisions rapides…)
  • TDAH à dominante inattentive (dispersion, oublis…)

Les manifestations du TDAH varient fortement d’une personne à l’autre. Elles peuvent notamment se traduire par :

  • des difficultés à maintenir son attention dans la durée ;
  • des oublis fréquents ou la perte régulière d’objets ;
  • des difficultés d’organisation et de planification ;
  • une tendance à repousser certaines tâches jusqu’à l’urgence ;
  • une agitation motrice ou mentale ;
  • de l’impulsivité, comme couper la parole ou répondre avant la fin d’une question ;
  • des difficultés à gérer le temps ou à évaluer sa durée.

Certaines personnes développent également des stratégies de compensation très efficaces, parfois dès l’enfance. Elles apprennent à masquer leurs difficultés en redoublant d’efforts, en mettant en place des routines très structurées ou en portant une attention particulière aux détails. Ce phénomène, souvent appelé « masking », peut retarder le diagnostic, notamment chez les femmes, dont les manifestations sont historiquement moins repérées. Le trouble peut également être associé à d’autres troubles du neurodéveloppement, notamment les troubles du spectre de l’autisme (TSA), présents dans près de 40 % des situations.

 

Intérêt d’un diagnostic précoce et accompagnement

Les intervenants ont insisté sur l’importance d’un repérage précoce afin de limiter les conséquences du trouble sur la scolarité, l’estime de soi, la vie sociale et professionnelle. Les difficultés répétées rencontrées dès l’enfance peuvent en effet avoir des répercussions durables sur la construction identitaire des personnes concernées.

Face à l’augmentation des besoins, le CH La Chartreuse accompagne la montée en compétence des équipes des centres médico-psychologiques (CMP) afin de favoriser le diagnostic et l’orientation au plus près des patients. Le C2RB intervient prioritairement dans les situations les plus complexes, notamment lorsqu’un TDAH est associé à d’autres troubles du neurodéveloppement.

La prise en charge repose sur une approche pluridisciplinaire associant évaluation clinique, psychoéducation, accompagnement des familles et apprentissage de stratégies de régulation émotionnelle. Cette démarche vise à mieux comprendre le fonctionnement des personnes concernées et à réduire les retentissements du trouble dans leur vie quotidienne.

À travers ce Caf&Doc’, le CH La Chartreuse poursuit sa mission d’information et de sensibilisation autour des troubles du neurodéveloppement, afin de favoriser une meilleure compréhension du TDAH et de lutter contre les idées reçues qui l’entourent

 

Un enregistrement a été réalisé afin de vous partager cette rencontre animée par :

Dr Juliette MARTIN, médecin référent du C2RB et cheffe du pôle de réhabilitation
Emmanuel DE MELO-GONCALVES, infirmier en pratique avancée