
Dans le cadre de la Journée mondiale de la schizophrénie, le CH La Chartreuse a proposé le 18 mars 2026 un Caf&Doc’ dédié à ce trouble psychique encore largement méconnu. Il concerne environ 1 % de la population. Ce temps d’échange a permis de mieux en comprendre les réalités, de revenir sur les enjeux de l’intervention précoce et de déconstruire certaines idées reçues. Organisé au Centre de documentation du CH La Chartreuse, ce rendez-vous a réuni Dr Juliette MARTIN, cheffe du pôle réhabilitation, et Dr Yanni ANDREOU, praticien hospitalier à l’ESPID. Les échanges ont donné lieu à de nombreuses questions du public, dans un format ouvert et accessible. Une exposition installée au Centre de Documentation présentait également les idées reçues liées aux troubles psychiques ainsi que plusieurs témoignages de personnes concernées, de proches ou de professionnels.
Mieux comprendre les troubles schizophréniques
Les troubles schizophréniques font partie des troubles psychotiques. Ils se caractérisent par une altération de la perception, de la pensée et du rapport à la réalité. Les symptômes sont variables d’une personne à l’autre et évoluent dans le temps. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas d’un « dédoublement de personnalité ». Les personnes concernées peuvent notamment présenter :
- des hallucinations ou des idées délirantes
- des troubles de la pensée ou du comportement
- un repli social ou une diminution des capacités d’expression
Les intervenants ont également rappelé que les causes sont multiples et encore mal connues. Elles reposent sur l’interaction de facteurs biologiques, génétiques, environnementaux et parfois traumatiques.
Les premiers signes apparaissent le plus souvent à l’adolescence ou chez le jeune adulte. Ils peuvent être discrets au départ : retrait social, difficultés scolaires ou professionnelles, troubles de l’attention ou du sommeil. Ces manifestations peuvent être progressives et parfois difficiles à identifier. Un repérage précoce constitue un enjeu majeur pour améliorer le pronostic.
L’intervention précoce : un enjeu majeur
Les échanges ont mis en lumière l’importance d’intervenir le plus tôt possible. Chaque année, entre 10 000 et 15 000 jeunes présentent un premier épisode psychotique.
Comme l’a souligné Dr Juliette MARTIN, les personnes concernées présentent une espérance de vie réduite, notamment en raison de complications somatiques (liées aux traitements) ou de ruptures de suivi. L’intervention précoce vise à limiter ces impacts en agissant rapidement sur les trajectoires de vie.
Développée initialement dans les pays anglo-saxons, cette approche s’est structurée en France depuis les années 2010, avec un renforcement des politiques de réhabilitation psychosociale. L’objectif est de réduire les délais d’accès aux soins, d’améliorer le pronostic fonctionnel (qualité de vie, insertion, autonomie) et de proposer des prises en charge intensives et adaptées dès les premiers signes.
Les intervenants ont insisté sur l’importance de diagnostics de précision. Tests cognitifs, évaluations de la sensorialité ou bilans complémentaires permettent d’affiner la compréhension des troubles. Comme l’a rappelé Dr Juliette MARTIN, « plus le diagnostic est précis, mieux il est compris et accepté », favorisant ainsi l’adhésion aux soins et le rétablissement.
Des soins centrés sur la personne et le rétablissement
Les intervenants ont rappelé que leur approche repose sur les principes de la réhabilitation psychosociale, en partant des besoins exprimés par la personne. Cette approche vise à construire avec la personne un parcours de soin individualisé, évolutif et orienté vers le rétablissement. Elle implique :
- une meilleure compréhension des troubles par la personne (notamment via des programmes d’éducation thérapeutique du patient)
- une réévaluation régulière des soins et de leur pertinence
- une prise en compte des dimensions cognitives, sociales et somatiques
Les équipes développent également des outils et dispositifs innovants (programmes d’éducation thérapeutique, activités de remédiation…), dans une logique d’empowerment et de rétablissement.
Le rôle des proches a également été souligné : leur implication et leur compréhension des troubles constituent un levier important pour le parcours de soin. Des dispositifs spécifiques existent, comme le programme Profamille, qui propose aux familles des outils pour mieux comprendre les troubles et accompagner leur proche au quotidien.
Lutter contre la stigmatisation
Les échanges ont enfin porté sur les représentations encore très négatives associées à la schizophrénie. Le terme reste fortement stigmatisant et souvent mal compris dans le grand public.
Dr Juliette MARTIN a notamment souligné les amalgames fréquents entre troubles psychiques et violence, encore présents dans certains traitements médiatiques. Le CH La Chartreuse s’inscrit dans une démarche active de sensibilisation, en intervenant notamment auprès d’étudiants en journalisme et de professionnels des médias locaux.
Inspirée par les actions menées dans d’autres centres de réhabilitation psychosociale, notamment au C3P-O de Reims (Dr Céline BERA-POTELLE), cette démarche vise à promouvoir une information plus juste et à limiter les stéréotypes. Elle s’inscrit dans les missions du Centre ressource de réhabilitation psychosociale de Bourgogne (C2RB).
Ce Caf&Doc’ a permis de mieux appréhender la diversité des troubles schizophréniques, de mettre en lumière les avancées en matière de prise en soin et de souligner la nécessité de poursuivre la lutte contre la stigmatisation.
À travers ce type d’actions, le CH La Chartreuse poursuit son engagement en faveur d’un repérage plus précoce, de parcours de soins mieux coordonnés et d’une meilleure compréhension des troubles psychiques par le grand public.














